Baromètre bancaire 2025

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Executive Summary

Partie I: le secteur bancaire suisse

La situation commerciale et géopolitique actuelle est volatile. Dans ce contexte, le paysage macroéconomique de la Suisse se caractérise par des perspectives de croissance modérées, une inflation revenue à zéro et un taux directeur lui aussi à zéro. La mise en œuvre rapide de Bâle III final rend le système financier plus résilient, mais impose des exigences accrues aux établissements et génère temporairement des handicaps concurrentiels.

Croissance économique modérée dans un environnement volatil Après une année 2023 faible, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a ralenti en 2024 pour s’établir à 1,0 % et le PIB par habitant·e a encore légèrement régressé. La pression s’est maintenue sur les branches sensibles à la conjoncture et axées sur l’exportation, mais l’économie intérieure est restée stable. Sur un marché de l’emploi résistant, les effectifs bancaires ont continué d’augmenter. Pour 2025, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) prévoit une légère reprise de la croissance économique à 1,3 %, portée par une demande intérieure solide et par le repli récent du franc suisse – mais dans la situation actuelle, ces prévisions sont très incertaines. Recul de l’inflation et retour aux taux zéro La hausse des prix à la consommation a nettement ralenti en 2024 (1,1 %) et s’établissait en juin 2025 à 0,1 %. La pression inflationniste s’étant fortement relâchée, la Banque nationale suisse (BNS) a ramené son taux directeur à 0,5 % en décembre 2024, puis à 0,0 % le 19 juin 2025. L’écart par rapport aux grands espaces monétaires s’est donc à nouveau creusé: la Banque centrale européenne (BCE) a fixé son taux des opérations principales de refinancement à 2,15 % en juin 2025, la Federal Reserve américaine (Fed) a maintenu sa marge de fluctuation entre 4,25 % et 4,50 %. La faiblesse des taux d’intérêt en Suisse comprime les marges d’intérêts des banques, ce qui impacte directement leur résultat consolidé. Un retour aux taux négatifs n’est pas tout à fait à exclure. Stabilité financière: tensions mondiales Depuis l’automne 2024, les risques pesant sur la stabilité financière se sont accrus à travers le monde, en particulier aux Etats-Unis. Les fortes évaluations des actions et des emprunts d’entreprises, l’endettement croissant dans le secteur non-bancaire et la moindre liquidité des marchés d’emprunts d’Etat accroissent le risque de corrections brutales. La capacité de résistance et la capitalisation des banques en Suisse restent élevées selon la BNS, mais des mesures réglementaires d’ampleur en matière de fonds propres sont néanmoins à l’ordre du jour. Réglementation: mise en œuvre de Bâle III final achevée, train de mesures «stabilité des banques» surchargé et peu proportionné La Suisse a mis en œuvre dès janvier 2025 le dispositif final de Bâle III, un train de réformes essentiel en matière de fonds propres. Il en résulte des coûts substantiels liés à la fois à la mise en conformité initiale et au fonctionnement courant. Pour leur part, l’Union européenne (UE), la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont reporté tout ou partie de la mise en œuvre de Bâle III final, de sorte que la Suisse s’expose au moins temporairement à des handicaps concurrentiels. La crise de Credit Suisse a donné lieu à des propositions politiques et réglementaires aussi nombreuses qu’ambitieuses visant à rendre la réglementation too big to fail plus efficace. Parmi les grands axes de ces propositions figurent par exemple le renforcement des exigences en matière de fonds propres, l’amélioration de l’approvisionnement en liquidités en cas de crise, l’introduction d’un régime de responsabilité (senior managers regime) ainsi qu’une extension des compétences de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Le Conseil fédéral entend appliquer beaucoup de ces mesures non pas seulement aux établissements d’importance systémique, mais à toutes les banques. L’Association suisse des banquiers (ASB) est favorable à un renforcement ciblé et mesuré de la stabilité du système, mais demande que la compétitivité et la proportionnalité soient dûment prises en compte dans le cadre de la mise en œuvre. Elle considère en outre que des ajustements substantiels restent à effectuer dans divers domaines.

Partie II: évolution consolidée des banques

L’année 2024 se caractérise par une évolution générale modérée des banques en Suisse. Par rapport à 2023, le résultat consolidé global s’est inscrit en recul de 3,5 % à CHF 69,8 milliards, en raison notamment de la baisse du résultat des opérations d’intérêts. Le bénéfice annuel de l’ensemble du secteur a suivi la même trajectoire, à CHF 17,7 milliards (–31,7 %).

Bénéfice annuel sous pression en raison de la baisse du résultat des opérations d’intérêts dans un contexte de taux bas Le recul du résultat consolidé global des banques en Suisse est imputable au premier chef à une baisse du résultat des opérations d’intérêts, due principalement à une augmentation des coûts de refinancement et donc des charges d’intérêts. Courant 2024, la marge d’intérêts nette des banques à vocation nationale s’est resserrée de 8 % pour s’établir à 1,02 % en fin d’année. La baisse du résultat des opérations d’intérêts a été compensée par la hausse marquée du résultat des opérations de négoce (+38,4 %), favorisée notamment par un contexte boursier volatile en 2024. Le résultat des opérations de commissions et prestations de services s’est également inscrit en légère progression. Les banques boursières et les banques cantonales ont accru leur contribution au résultat consolidé global. En revanche, les grandes banques ont vu la leur se réduire et leur résultat consolidé a accusé le plus fort recul. Les glissements entre groupes de banques au détriment des grandes banques, déjà observés précédemment, se sont donc poursuivis en 2024 – de même que la tendance générale à une réduction du nombre de banques. Au total, ces évolutions conjuguées ont abouti à un résultat consolidé global en recul de 3,5 % par rapport à l’année précédente. Le bénéfice annuel a suivi la même trajectoire et s’est établi à CHF 17,7 milliards (–31,7 %) en 2024. Ces évolutions s’expliquent en particulier par une baisse du résultat des opérations d’intérêts, consécutive à l’érosion des marges d’intérêts – celle-ci résultant de la faible rémunération des hypothèques et des crédits bancaires combinée à des coûts de refinancement accrus. Niveau record pour les actifs sous gestion, les créances hypothécaires restent le principal poste de l’actif En 2024, les actifs sous gestion en Suisse ont atteint un pic historique, ce qui montre une fois de plus combien la Suisse fait figure de refuge. Le total consolidé des bilans de toutes les banques en Suisse a augmenté de 1,3 % pour s’établir à CHF 3 219,1 milliards. Du côté des actifs, les créances hypothécaires sont restées le principal poste, à 38,2 %, et elles ont enregistré une légère hausse. Les créances résultant d’opérations de financement de titres ainsi que les portefeuilles de titres et stocks de métaux précieux ont affiché pour leur part une progression nettement plus marquée, ce qui a largement contribué à l’évolution positive du total des bilans. Les liquidités, en revanche, ont décru de 12,9 %, en raison sans doute de la restitution des excédents de liquidités par les grandes banques. Si les créances sur la clientèle ont légèrement diminué en 2024, les créances sur les banques ont augmenté, qu’il s’agisse de banques en Suisse ou à l’étranger. Cette évolution reflète celle des besoins de liquidités des banques dans un contexte de taux d’intérêt baissiers. Hausse des dépôts de la clientèle, baisse des emprunts et lettres de gage Du côté des passifs, les engagements résultant des dépôts de la clientèle ont augmenté – ils constituent plus de la moitié des passifs. Cette augmentation résulte d’une hausse des dépôts à vue (+2,4 %) conjuguée à une hausse des dépôts à terme (+4,8 %). La tendance haussière des dépôts à terme a donc persisté en 2024, malgré l’abaissement du taux directeur. Les engagements résultant des opérations de négoce ont augmenté de CHF 3,9 milliards (+13,8 %), tandis que le poste «Emprunts, lettres de gage et obligations de caisse» a diminué de CHF 62,2 milliards (–15,5 %) – en raison sans doute du remboursement anticipé par UBS d’emprunts émis par Credit Suisse, mais aussi de l’augmentation des primes de risque pour les lettres de gage. Les engagements envers les banques se sont inscrits en hausse de CHF 15,2 milliards (+3,9 %), ce qui s’explique principalement par l’augmentation des engagements envers les banques à l’étranger. Cette évolution a été impulsée en majeure partie par les banques Raiffeisen et les banques cantonales. Effectifs toujours en hausse dans les banques en Suisse, prévisions optimistes La situation de l’emploi au sein des 230 banques en Suisse est restée stable en 2024, avec une légère augmentation des effectifs. Fin 2024, sur les quelque 159 500 personnes (en équivalents plein temps) employées dans le domaine des services bancaires, 94 347 travaillaient dans un établissement bancaire, soit 1 048 de plus (+1,1 %) qu’une année auparavant. Le taux de chômage dans le secteur financier s’est inscrit en hausse en 2024, à 3,0 % – légèrement soit un peu au-dessus de la moyenne dans l’économie globale. Malgré les défis liés au contexte de taux d’intérêts baissiers, le secteur bancaire suisse est resté solide sur le front de l’emploii. Au premier semestre 2025, selon l’enquête réalisée par l’ASB, l’emploi bancaire a reculé de 1,7 %, mais cette évolution est imputable exclusivement à une baisse des effectifs à l’étranger. En Suisse, les effectifs sont restés stables sur la même période. Selon le SECO, le taux de chômage dans le secteur financier a enregistré une baisse minime par rapport à fin 2024 et s’est établi à 2,9 %. Les établissements membres de l’ASB ayant répondu à l’enquête se montrent optimistes quant à l’évolution de l’emploi d’ici la fin de l’année. Alors que 4,0 % seulement des banques interrogées prévoient des suppressions de postes, 96,0 % d’entre elles tablent sur un niveau d’emploi stable voire en hausse.

Graphique 1

Croissance modérée et stabilisation au premier semestre 2025 L’évolution économique est restée modérément positive au premier semestre 2025. Le Swiss Banking Outlook prévoit une croissance du PIB de 1,2 % sur l’ensemble de l’année. L’inflation est toujours faible et la BNS a ramené son taux directeur à 0 %. Le total consolidé des bilans de toutes les banques en Suisse s’est établi à CHF 3 323,3 milliards, soit à un niveau stable (–0,2 %). Si les créances hypothécaires, les placements financiers et les liquidités ont augmenté, les autres postes de l’actif ont légèrement diminué. Les portefeuilles de titres et stocks de métaux précieux ont accusé quant à eux un recul marqué, inversant ainsi la tendance fortement haussière de 2024. Les actifs sous gestion affichent toujours un niveau très élevé, à CHF 9 240 milliards, malgré un léger recul (–0,6 %) imputable principalement à la baisse des engagements envers la clientèle hors dépôts à vue (–4,9 %) et des engagements fiduciaires (–7,7 %). En parallèle, les portefeuilles de titres détenus en dépôt pour le compte de client·e·s ont augmenté de 0,2 %, d’où la variation globalement faible des actifs sous gestion. La persistance d’un volume très important d’actifs sous gestion montre que la confiance dans la place bancaire suisse est intacte.

Graphique 2

La date de clôture de la rédaction du Baromètre bancaire 2025 fixée au 15 août 2025.